The Overblowers

Cliquez ici pour acheter le CD Somewhere on the Edge of Time

Extraits de l'album :

Publié par The Overblowers

"Jouer dans les 12 tonalités, et choisir un harmo en C pour jouer un morceau avec beaucoup de bémols à la clé, c’est bien sûr un challenge de travail intéressant, mais ça n'apporte rien musicalement"

 

C'est une remarque que l'on m'a faite il y a quelques jours. On sort un peu du champs directement lié aux overnotes, pour parler du jeu chromatique. La question est intéressante, et il faudrait plusieurs chapitres pour expliquer réellement les enjeux qui peuvent pousser une personne à faire ce genre de choix. Je voudrais juste revenir sur des considérations plus générales, quitte à enfoncer quelques portes ouvertes.

 

En fait, c'est plutôt l'inverse : travail fastidieux (au début en tous cas), mais grand retentissement sur le plan musical.

 

On comprend vite que c'est un challenge de travail totalement inintéressant. Franchement, quand vous déployez un vocabulaire dans 12 tonalités, et 7 modes par tonalité, multiplié par le nombre de gammes avec lesquelles vous voulez jouer, puis que vous devez encore apprendre à mixer les gammes entre elles, et enfin à créer des phrasés avec ces mélanges, vous ne vous dites pas "oh, que c'est passionnant comme challenge !". Vous vous dites plutôt : "mais c'est pas bientôt fini ce déliiiiiiiiiiiiiire ?".

L'unique point un peu rassurant, c'est qu'on se rend compte qu'on va de plus en plus vite sur chaque gamme, chaque tonalité, et chaque mode (on finit même par y prendre du plaisir ! si si, j'vous jure !).

Donc la seule et unique raison qu'une personne a de s'infliger une telle galère, réside justement dans son développement musical personnel. Si le musicien s'attelant à cette tâche n'y trouvait pas très directement un intérêt musical fort, il abandonnerait longtemps avant d'avoir atteint les 12 tonalités !

En fait, le gain en terme de musicalité est inversement proportionnel (exponentiellement, devrais-je préciser), au taux d'emmerdement que représente ce travail.

La bonne nouvelle est que ces gains se sentent très vite, dès la première gamme travaillée, dès le premier mode étudié, dès le premier accord un tant soit peu réfléchi.

En fait, en sachant où chercher, et comment opérer, en 1/2 heure vous pouvez déjà ouvrir votre horizon avec une nouvelle gamme, une nouvelle sonorité. Résultat concret observé sur 100% des sujets : à la fois gain de précision sur leur jeu habituel, et enrichissement de leur vocabulaire. Et ce quel que soit le niveau.

C'est ce que je fais avec mes élèves, y compris avec des joueurs débutants, à qui ça ne pose aucun problème pour la bonne et simple raison qu'ils ne savent pas que ce n'est pas une démarche très courante chez les harmonicistes.

 

Maintenant, personne n'a dit qu'il était obligatoire d'enrichir son vocabulaire (et ce n'est pas du sarcasme, je préfère préciser). Certaines personnes aiment découvrir constamment de nouvelles choses, et explorer sans cesse de nouveaux styles et façons de jouer, d'autres préfèrent renforcer constamment leurs acquis et en faire leur marque de fabrique, et la plupart des joueurs seront quelque part entre les deux.

Chacun féféfésskiluiplépléplé, et c'est tant mieux !

 

On peut toutefois remarquer que dès qu'on entend un bluesman jouer un Mi sur l'accord de Do - a fortiori un La sur le G7 ou le C7 - il est d'ores et déjà sorti de la gamme de G Blues, et même de toute gamme Blues. Il y a des raisons à cela, et des façons de s'entraîner à le faire via ce genre de démarche, qui seront plus difficiles à gérer à partir de la fameuse mais nébuleuse 2nde position. On peut également remarquer que 100% des bluesmen non harmonicistes ne jouent pas uniquement avec la gamme de G Blues sur un Blues en G...

Perso, j'ai tendance à penser qu'on va beaucoup plus vite à expérimenter et intégrer tout ça dans son jeu quand on a une ligne directrice théorique en soutien, même minime, qu'en essayant de l'intégrer uniquement par l'écoute des précurseurs.

Même si rien ne remplace l'écoute. Ce sont deux démarches compémentaires, pas opposées. Mais prendre l'une pour obtenir ce que l'autre permet d'obtenir très rapidement est un peu dommage.

Je me souviens très bien qu'il m'a fallu vraiment beaucoup de temps (probablement plusieurs mois !) avant de comprendre que sortir un 6 aspiré au moment où j'entends un accord différent dans un blues était redoutablement efficace. Il me faut pourtant aujourd'hui 15mn pour l'expliquer aux débutants, qu'ils comprennent où ça se passe et pourquoi, et les entendre le reproduire dans leurs premières tentatives d'improvisation !

Les gars qui ont 2 heures de cours sont certes peu assurés, mais plus pertinents que je ne l'était au bout d'un an de pratique !

A l'inverse, je ne proposerais pas de passer par la théorie pour compendre l'expressivité qui peut se dégager du blues...

 

Tordons au passage le cou à une autre idée reçue : personne n'a jamais dit non plus, que ce travail sur les tonalités était obligatoire, et devait absolument être suivi par 100% des musiciens. Ca n'a jamais été le cas, et ne le sera probablement jamais.

Ca dépend de tout un tas de facteurs, dont en premier lieu la musique que l'apprenti désire jouer, et comment il désire la jouer.

Le type qui veut reprendre exclusivement du Sonny Boy Williamson n'en éprouvera pas forcément le besoin (même si au moins une partie de la démarche lui ferait beaucoup de bien, comme déjà expliqué), celui qui veut reprendre du Coltrane n'a tout simplement pas le choix (et les 12 tonalités sont d'ailleurs le cadet de ses soucis par rapport à tout ce qui lui manque réellement pour jouer cette musique). Celui qui veut faire du Blues, du Rock, de la Pop, de la chanson française et un peu de Jazz, sera quelque part entre ces 2 extrêmes (y compris en variétés, il y a souvent des changements de tonalité, ou au moins de mode au sein d'un même morceau ...).

Notons que le simple fait de se pencher sur une démarche un peu différente pousse à s'intéresser à ce qu'il se passe réellement au sein d'un Blues. Même dans une unique tonalité, et même sur un Blues on ne peut plus classique, et même avec très peu d'overblows, voire pas du tout, le jeu va s'enrichir presque immédiatement.

Au-delà du Blues, je pense que 3 ou 4 tonalités sur un harmo sont amplement suffisantes pour développer un vocabulaire déjà très riche, et pouvoir jouer dans à peu près tous les styles de musique.

Et si certains s'évertuent à travailler malgré tout dans les 12 tonalités, c'est qu'ils doivent avoir de bonnes raisons ! Faites-leur confiance, ils y voient très concrètement leur intérêt.

 

Mon conseil du jour :

Faites comme vous voulez : développez une tonalité, ou 2, ou 4, ou 12, ou apprenez uniquement des gimmicks à coller les uns aux autres, trouvez le chemin qui vous sied le plus, et qui sera le plus efficace par rapport à la musique que vous désirez jouer, mais n'éliminez pas des choix pour de mauvaises raisons.

Si vous commencez à vous dire "ça ne sert à rien, et les gars qui le font n'ont rien compris à la musique", vous faites le premier pas vers la justification de votre futur plafonnement musical. Si vous essayez de comprendre à quoi ça sert, mais que vous trouvez que cela représente trop de travail, ou un travail qui ne vous intéresse pas, ou n'est pas votre priorité, vous vous laissez alors l'opportunité de développer votre propre musique, quel que soit votre niveau, et accepterez d'autant plus facilement ce qui demandera un peu moins de travail et sera également très profitable pour votre jeu, et ce quel qu'en soit le style "musical", justement !

 

J'ai conscience que ce papier est parti un peu dans tous les sens, je m'en excuse ... 

Sur ce, c'est les vacances, yeeeepaaaaa !!! Et ensuite, ce sera le stage Diato-Jazz, donc vous risquez d'avoir peu de mes nouvelles pendant les 2 prochaines semaines ...

Profitez-en pour relire les articles passés, et refaire quelques exos, ça fait toujours du bien !

 

Amusez-vous bien, à bientôt, et merci d'être de plus en plus nombreux à lire et à vous abonner à TheOverblowers.com !

Overnotes : mythes et réalités n°10

Commenter cet article

ThierryD 13/11/2015 16:11

"Autre stratégie possible : prendre un papier et un crayon et imaginer quelles sont les 3 tonalités avec lesquelles on a besoin du minimum d'harmos."
Apprendre sur un harmo de C la gamme C,F,G
et jouer ces position sur un harmo de C, A, F#, Eb et voilà les 12 tonalité avec 2 overnote à apprendre le 5° et 6°. :-)

JersiMuse 13/11/2015 18:21

Yep, tout à fait !

Luc Favaro 19/10/2014 10:18

J'ai pas encore lu l'article mais si c'est aussi bien que la photo ça va être chouette.

JersiMuse 28/10/2014 15:06

Ah bin si même les youkulilistes s'y mettent alors ! :-)
A l'harmo, même pas besoin d'avoir soif, il suffit de saisir l'harmo qui te mets dans une de ces 4 tonalités, et t'es sauvé ! Ce qui n'empêche pas d'aller boire un coup de temps en temps quand même, surtout s'il te manque un harmo :-)

Sesska 28/10/2014 10:48

je ne passe que trop rarement ici (et toujours en coup de vent), mais les articles sont toujours d'une qualité exceptionnelle!!

''Donc C, F et G. On peut éventuellement ajouter Bb puisqu'on joue déjà avec sa relative mineure : Gm.''

c'est ce que je conseille complétement et inconditionnelement à mes élèves en ukulélé !

pi si dans un beuf ça tombe à côté de ces 4 là, tu prétextes une soif subite :))

Musashi 18/10/2014 22:55

Tiens d'ailleurs Jersi, ta remarque sur Coltrane me fait penser à un autre sujet.
Le timbre.

J'ai concentré tout mon taf d'obtention des overs sur la précision et la relaxation, histoire de pouvoir obtenir n'importe quel over sans forcer et à débit d'air minimum.
Le tout pour m'assurer que la modification de pression viennent bien de la position de la langue et non de ma manière de respirer.

Sauf que la dedans, pas une fois j'ai réellement bossé le timbre de la note.
Plus je passe de temps sur l'octave grave et les alté des trous 2 et 3, plus j'ai l'impression de bosser le timbre plutôt que la justesse.
Je peux obtenir n'importe quel alté sur ces deux trous en étant juste, seulement dans le feu de l'action si la justesse et la, le timbre peux ne pas l'être.
Là c'est typique en bossant note par note. Il n'y a que le 3' qui bien que juste, m'apparaisse nasillard (plus que le reste, même si nasillard n'est pas nécessairement le bon terme) sans que je ne puisse y faire grand chose. Là où sur les 4 autres alté de ces trous, je peux le sortir juste avec un son "rond/chaud" ou nasillard.
Enfin, si j'ai bon espoir de finir par sortir un 3' qui me convienne mieux à terme, le travail du timbre sur les over me parait beaucoup plus compliqué, voir même inenvisageable/impensable pour le moment. Et presque même inutile.

Ces possible de bosser le timbre sur les overs ?

Le sujet est compliqué car on touche au son mais je ne suis pas persuadé qu'une technique parfaitement maitrisé n'entraine pas de facto un travail sur le timbre moindre.
Pour les over, la technique permettant des les sortir doit être bonne dès le départ, la justesse suis assez vite. Les altération, c'est pas vraiment le cas et il est possible d'être juste (au moins dans les graves) de plusieurs manière différente (avec la gorge, la partie medium/avant/arrière,ect de la langue. Cf forum américain et les débat hebdomadaire sur le sujet) du coup il reste un travail sur le timbre énorme à faire.

Mais du coup, le timbre, si je me plante complétement c'est quoi au juste ? S'assurer d'avoir la bonne technique d'obtention des notes ou quelque chose de plus mystique comme n'importe quel méthode d'harmo le fait croire ?

Thierry 18/10/2014 12:29

Hello Jérôme !
Quand tu cites "travailler 3 ou 4 gammes" auxquelles penses-tu ? certaines plus "passe-partout"?
Bel article, et bon stage à venir.

JersiMuse 18/10/2014 12:45

Merci Thierry !

Pas de conseil particulier. J'aurais tendance à proposer d'aller au plus simple, et de choisir les tonalités proches de C sur le cercle des quintes.
Donc C, F et G. On peut éventuellement ajouter Bb puisqu'on joue déjà avec sa relative mineure : Gm.
Du coup, avec 4 tonas majeures, on a aussi les 4 tonas mineures relatives, ça commence à faire pas mal.
En plus, ce sont des tonas pas mal utilisées dans divers morceaux : Cmaj Am, Fmaj, Dm, Gmaj, Em.

Mais y'a d'autres stratégies possibles. Par exemple : jouer les 3 ou 4 premières tonas à bémols (ou à dièses, qu'importe). Ca permet de penser l'instrument toujours que dans un sens. Intellectuellement, c'est assez confortable.
Ou encore : choisir des tonas à 1 ton d'intervalle. Plus difficile techniquement, mais l'intérêt est que pas mal de morceaux proposent un changement de tonalité par déplacement d'un ton.
Autre stratégie possible : prendre un papier et un crayon et imaginer quelles sont les 3 tonalités avec lesquelles on a besoin du minimum d'harmos. Je n'ai pas fait l'exercice, je n'en sais rien à vrai dire. Et puis on s'en fout un peu en fait, non ? ah ah.

Bon, perso, je choisirais quand même la première solution, qui a l'avantage surtout au début, d'être plus agréable car plus simple techniquement sur l'instrument, et plus simple intellectuellement à cause du peu de bémols et de dièses.

Musashi 18/10/2014 12:19

Pff, reprendre du Coltrane c 'est facile.
Suffit de reprendre les partie chanté

Oooom, Ommmm, OOOommm !!!!

...
Bon, je repart bosser mes intervalles (c'est marrant de voir que les secondes mineures forment la gamme chromatique, les secondes majeures la gamme unitonique et après, plus rien)

JersiMuse 18/10/2014 12:45

:-)