The Overblowers

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Extraits de l'album :

Publié par The Overblowers

Venant à l'origine du Blues, et l'ayant joué presque exclusivement pendant des années, je sais que la plupart des harmonicistes, quant il s'agit d'improvisation, ont une large préférence pour les Blues majeurs plutôt que mineurs.

Lorsque l'on côtoie des guitaristes, on se rend compte qu'au-delà d'un certain niveau, c'est souvent l'inverse.

Comprendre les raisons de ces préférences permet de mieux cerner certains enjeux, qui font souvent défaut aux harmonicistes. Une fois ces enjeux compris, le travail sur lequel on peut s'orienter pourrait bien avoir un impact très important sur votre blues en particulier, et votre approche de la musique en général.

 

Je ne vais pas pouvoir aborder tous les aspects de cette problématique en un seul article, et encore moins les enjeux musicaux afférents. Le but ici est de donner quelques premières pistes de réflexion.

 

Rappelons tout d'abord qu'un blues majeur est composé essentiellement (voire exclusivement) d'accords majeurs, tandis qu'un blues mineur comporte beaucoup d'accords mineurs.

Dans 99,9% des cas, un blues majeur démarrera par un accord de dominante de la tonalité du Blues. Par exemple, un blues majeur en G commencera par un accord G7.

Dans à peu près la même proportion, un blues mineur commencera par un accord mineur de la tonalité du Blues. Par exemple, un blues mineur en G commencera par un accord Gm7.

 

Je ne pense pas me tromper en disant que le plus souvent, lorsque l'on vous dit "jouons un Blues en G majeur", vous prenez votre harmo en C, et lorsque l'on vous dit ensuite "jouons un Blues en Dm", vous gardez votre harmo en C.

C'est en tous cas le choix fait par les harmonicistes blues référents pour la majorité des bluesmen harmo : de Little Walter à Cotton Wells en passant par Carey Bell, ...

 

Message à destination des positionnistes

Cela revient à dire que tout blues majeur se jouera en 2nde position, et tout blues mineur en 3ème position. Qu'en pensez-vous ? Pour moi, ça se vérifie à l'expérience, en écoutant les harmonicistes jouer, mais je n'ai pas le souvenir de l'avoir vu écrit quelque part, et je ne suis pas sûr que ce soit vraiment conscient.

 

Et encore, je cite ci-dessus des harmonicistes dont on trouve des blues mineurs sur leurs albums, mais pour beaucoup de bluesmen harmo, le blues mineur n'est quasiment pas une option envisageable. Ou alors, ils vont prendre leur harmo en C pour un Blues en Gm, et ne jouer qu'avec la gamme Blues, sans jamais sortir la moindre note n'y appartenant pas. Evidemment, c'est vite lassant, pour leur auditoire comme pour eux-même. D'où le fait qu'ils préfèreront dans ce cas un blues majeur, leur permettant de jouer des phrasés plus évolués.

 

Pourquoi ne jouez-vous pas de Blues mineur en G ?

J'entends sur un harmo en C, bien sûr.

Il est étrange que les harmonicistes soient si à l'aise sur des Blues en G, utilisent presque exclusivement cette position pour jouer, et ne la choisissent pourtant pas si le morceau est mineur, et ce alors que la tierce mineure de G est une note qu'ils aiment particulièrement sortir de leur instrument, pour la faire pleurer, crier ou soupirer, selon leur humeur.

Evidemment, je force un peu le trait car dans pas mal de cas, vous choisirez le G, mais ne sortirez quasiment pas de la pentatonique mineure (y ajoutant la quinte bémole, bien sûr).

Ce qui me permet d'aborder cette question, ce sont tous les articles théoriques qu'on a déjà vus. En musique, tout est lié !

Comme je vous l'ai dit précédemment, sur un accord m7, un bluesman sera naturellement attiré par le mode aeolien, mode mineur comprenant une sixte bémole.

Un blues en Gm suggèrerait donc un mode de G aeolien à son oreille.

Le blues commence par 4 accords Gm7, sur lesquels il entendra : G A Bb C D Eb F G.

Argh, pour les non overblowers, c'est-à-dire 100% des harmonicistes avant les années 80, c'est impossible sur un harmo en C à cause du Eb qui se trouve en 1° et en 4°.

En plus, le blues continue avec un accord de Cm7, où le Eb devient absolument obligatoire !

Ceci explique que ceux qui nous servent de référents avant les années 80 n'apporteront pas de solution à ce problème, autre que jouer uniquement avec la gamme G blues, sans jamais en sortir, ou changer d'harmo.

 

Pourquoi préférer changer d'harmo ?

Ils vont donc plutôt choisir un harmo accordé un ton sous le morceau. Passons à un morceau en Dm, pour garder notre harmonica en C et réfléchir sur une ergonomie bien connue.

Sur mon Blues en Dm, je vais donc entendre essentiellement du D Blues (D F G Ab A C) et du D aeolien : D E F G A Bb C D.

Pour le D aeolien, pas de souci, la seule note qui n'est pas sur l'harmo est toujours cette sixte bémole, Bb, mais j'ai l'habitude de la jouer en 3'.

 

Bien entendu, il s'agit ici d'une analyse (personelle) a posteriori de quelque chose qui a été fait sur le moment de manière instinctive.

L'oreille entend très bien que la note recherchée n'est pas sur l'instrument, et que si on prend une autre tona, ce sera plus facile à passer. Je crois que c'est d'ailleurs une partie du problème : ne connaissant pas toutes les capacités de l'instrument, on a souvent fait des choix par défaut.

Le concept des positions aussi est une analyse a posteriori du jeu des "pionniers". Si on avait parlé à ce moment-là de tonalité, les choses auraient probablement évoluer différemment. Amusant de voir l'impact que peut avoir un concept abstrait sur le jeu des musiciens.

 

Remarques en guise de conclusion

Je vous laisse réfléchir aux points suivants, et vous faire une idée du chemin que vous désirez suivre, ou pas.

- Les années 80, c'était il y a 30 ans, et les années 50 c'est antediluvien. Notre connaissance de l'instrument ayant évolué grâce aux harmonicistes qui nous ont précédés, on peut sans doute s'autoriser à penser les choses un peu différemment pour continuer à évoluer (comme font tous les instrumentistes). Cela n'est pas renier les apports de ces joueurs, c'est plutôt leur rendre hommage, au contraire, en retenant notamment ce qui a fait leur originalité : leur capacité à changer une manière d'aborder l'instrument et la musique (n'oublions pas qu'eux-mêmes ont révolutionner l'instrument, sinon on passerait tous notre temps à jouer des airs bavarois).

- Même en prenant la même logique que "les pionniers", et en repiquant leurs plans pour commencer notre initiation (comme font tous les instrumentistes, bis), ajouter à leur logique les overblows permet d'étendre considérablement les options de jeu, en continuant exactement sur la même esthétique.

- Il n'y a pas de complexe à avoir à continuer d'évoluer, quel que soit son niveau, à la suite de ceux qui nous ont précédés (comme font tous les instrumentistes, ter).

- Puisque le problème de départ est de ne pas entendre autre chose que l'aeolien sur un accord m7, il est peut-être un peu dommage de sauter vers une solution qui va conforter notre oreille dans un choix extrêmement sélectif, donc limité. Peut-être qu'un début de solution serait déjà de travailler d'autres modes mineurs que l'aeolien (comme font tous les instrumentistes, quater). 

- Avec tout ça, on n'a pas abordé l'approche des guitaristes, capables de jouer un blues selon 50 millions d'esthétiques différentes. Mais là, c'est un peu l'affaire d'une vie, si on a décidé de prendre cette direction au départ ...

 

S'autoriser à tout entendre et tout jouer, quitte à être en apprentissage permanent, ou confiner son jeu pour devenir très bon dans une esthétique unique. C'est un peu comme ça que je vois le choix essentiel à faire par chacun. Une option n'est pas meilleure que l'autre. Ce sont des chemins différents, qui mènent à des endroits différents, et correspondent à des caractères différents.

Perso, j'ai commencé par la seconde option, espérant devenir Ze-King-Of-Ze-Blouse-Que-T-As-Jamais-Vu-Ca (de toutes façons, je croyais qu'il fallait parfaitement maîtriser une chose avant d'en aborder une autre, alors va pour le Blues, et on verra le reste plus tard), et ai fini par m'ennuyer beaucoup, ressassant toujours les mêmes plans à l'infini.

Et puis j'ai fini par comprendre que si on voulait tout jouer, il fallait tout jouer, et ne pas attendre d'être excellent dans un domaine avant d'en aborder un autre, sinon on risquait au contraire de se cloisonner très vite.

J'ai aussi compris que ce qui me faisait du bien, ce qui maintenait mon niveau d'éclate au max, c'était la première option : rester un éternel apprenant, et découvrir chaque jour une nouvelle chose.

 

Je pense que ça reste une question très personnelle, à vous de voir ce qui vous attire le plus !

Pourquoi ne jouez-vous pas de Blues mineur en G ?

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Thierry 10/06/2015 14:05

Excellent article.
Personnellement, j'ai mis quelques années avant de jouer du blues.
Préférant passer par le jeu en Maj ou le Jazz, j'ai tellement travaillé mes over's pendant un bail.
Le blues m'y voilas maintenant...Et vous savez quoi ? Ben quand je joue du blues, tous les
overs y passent ! Du 9° au 1° ! la totale. Je les ai tous intégré.
En fait grâce aux overs, il est possible de tout jouer blues !

JersiMuse 10/06/2015 15:24

Merci Thierry,

En effet, c'est un peu paradoxal, mais à moins de vouloir rester dans une esthétique spécifique, ce que je comprends parfaitement, c'est l'une des musiques qui permet le plus de choses, finalement.